Il fut un temps où Puteaux était une cité commerçante et prospère. Qui, parmi les anciens, ne se souvient des trottoirs encombrés et joyeux du Boulevard Richard Wallace ? Du marché de Puteaux si pittoresque qu’il faisait venir toutes les villes à la ronde ? De l’animation et de la gaîté des rues du centre ville ? Une ère manifestement révolue : Puteaux s’est doucement endormie sous le balancement de ses feuilles de palmiers…
La faute à la Défense ? Peut être, car le déploiement d’une métropole commerciale moderne à grande échelle, attractive, pourvoyeuse en parkings et animations festives était de nature à malmener les centres villes traditionnels, peu préparés à ces compétitions féroces. Et pourtant… Une volonté politique aurait suffi ! Nanterre et Courbevoie ont été tout aussi malmenées que nous par la « révolution » de la Défense. Loin de l’auteur l’envie de vanter la gestion communiste de Nanterre ou les péripéties sans fin de celle de Courbevoie… Avec leurs talents et malgré leurs défauts, elles ont su préserver (au moins dans le centre ville pour Nanterre) leur dynamisme commercial, leur visage composite et leur vie de quartiers. En un mot, elles n’ont pas vendu leur âme à la Défense… Avec un beau pragmatisme, quand l’élévation de la Défense avançait à coup de destruction des zones voisines, elles ont laissé place à l’imagination, trouvant de la richesse dans la diversité, utilisant le ressort du tissu local, gardant tant bien que mal un pied dans la consultation. Elles ont réussi à maintenir un équilibre raisonné entre passé et avenir, concertation et politique urbaine pendant que Puteaux s’enfermait dans la planification centralisée du bonheur selon les Ceccaldi…
Toujours plus beau, toujours plus grand, toujours plus neuf ! La période était propice : en l’espace de vingt ans, la population de Puteaux s’est profondément renouvelée. Aux constructions nouvelles, on a accroché des réverbères dignes des plus belles collections. On a jonché les trottoirs de granit et marbres divers, engrillagés les jardins, posé des fontaines aux nouveaux carrefours, supprimé les parkings, gagné la bataille des palmiers sur les trottoirs ... On a travaillé l’emballage : c’est fait, on n’en dira rien de plus. Mais pendant qu’on se faisait un Puteaux à coup de rêves à la Orwell, que sont nos commerces devenus ? Et notre centre ville ? Où faisons-nous nos courses ? Où avons-nous plaisir à faire nos courses ?
Quand on rend la parole à nos commerçants, l’humeur n’est pas à l’ovation : désenchantement et résignation, impuissance et lassitude donnent le ton... D’un haussement d’épaules, ils renvoient les questionneurs à leur naïveté. L’association des commerçants ? Une évocation lointaine, l’histoire d’une longue dépendance à la ville qui s’est retournée contre eux… Les promesses de parking ? On n’a rien vu venir. Une politique concertée ? Oui, entre le maire et le maire. Des perspectives pour le commerce ? Vous plaisantez ? Seules les agences bancaires fleurissent ici. Parlons plutôt des fermetures… Un motif d’espérance ? Silence sidéral...
Et dans les quartiers ? Compte-tenu du morcellement de Puteaux, on avait là une belle occasion de renforcer la vie des quartiers en encourageant les commerces de proximité ? Une poignée d’irréductibles Putéoliens s’est d’ailleurs longtemps battue pour cela … La ville a répondu : « je vous ai compris ! ». Au final : des représentants de quartiers « élus » par le maire à grand renfort de publicité, un immobilisme obstiné, une inertie organisée… A qui profite le « crime » ?
La vérité, puisqu’il en faut en ces temps pré-électoraux, c’est qu’une ville n’est pas un sapin de Noël où un maire, plutôt joli, vient accrocher ses guirlandes et imposer les caprices d’un avenir aussi rose que sa robe. Une ville vit, bat, respire, palpite dans des lieux, des centres, des artères. Les commerces en sont le coeur et le poumon : pour les personnes âgées et celles qui le deviendront, les familles, les célibataires, les handicapés, les communautés diverses de Puteaux… Rien n’exprime mieux le visage, l’identité et l’âme d’une ville. Rien ne rompt davantage l’isolement. Rien ne rend plus simplement la joie de vivre qu’une rue animée et prospère. Qui n’a déjà été réchauffé, à un moment d’abattement, par le sourire d’un commerçant ?
Pour cela, pas de secret et quelques ingrédients :
écouter, réunir, échanger, dialoguer, négocier, le tout dans un ensemble qui s’appelle une politique d’urbanisation commerciale, dont le seul attendu n’est pas le bon plaisir de l’élu, mais le bienfait des commerçants et la qualité de vie de toute une ville. C’est un projet vital qui ne peut reposer que sur la concertation, un travail d’équipe - élus, citoyens, commerçants – dans lequel il n’est pas interdit de d’apporter une vision, un projet et une intelligence ! Nul ne peut se prévaloir de penser à notre place…!
Rêveries d’un jour d’automne ? Chimères ?
Et si demain, c’était possible ?